Histoire d’une commune double du Bazois consacrée à l’élevage du charolais

 

Limanton est une commune rurale du Nivernais dont l’histoire, depuis les années 1770, est dominée par sa lente spécialisation dans l’élevage des bovins de race charolaise. Son histoire antique, mal connue, a été ponctuellement révélée par des fouilles à Anizy, centre de peuplement gallo-romain développé sur la voie Saint-Honoré-Alluy, à proximité d’un gué sur l’Aron. Depuis le Moyen Age, l’histoire de Limanton se divise en quatre périodes :

 

Avant la fusion de 1795

La commune actuelle de Limanton est née de la fusion en 1795 de deux paroisses anciennes, transformées en communes en 1790 : Anizy au sud et Limanton au nord. Avant la Révolution, les deux paroisses correspondaient à deux seigneuries différentes :

  • An nord, la terre de Limanton s’appuie sur quatre piliers solides :
    • Deux familles stables de seigneurs résidents qui se succèdent: les Loron de 1551 à 1680 et les Bar de 1680 à 1789.
    • Une paroisse peuplée centrée sur son ancienne église Saint-Laurent
    • Une communauté d’habitants ou communauté paroissiale bien organisée autour des plus grands éleveurs.
    • La présence à l’extrême nord-ouest d’une abbaye rurale au rayonnement notable, Bellevaux.
  • La cohésion de la terre du sud, Anizy, apparaît plus fragile à l’approche de la Révolution : A la suite d’une faillite, la seigneurie est rachetée en 1674 par le seigneur de Vandenesse. La non résidence du seigneur, la faiblesse de la communauté paroissiale, la présence d’une importante communauté familiale isolée autour du moulin de Panneçot, l’autonomie croissante des grands domaines contribuent à une dispersion des pouvoirs.

 

De la fusion de 1795 à 1880

C’est Limanton, la commune du nord, plus peuplée et aux dirigeants plus dynamiques qui absorbe celle du sud, Anizy en 1795. De 1789 à 1880, une croissance de la population accompagne les progrès de la civilisation rurale et ceux des grands domaines d’élevage. Le bocage se généralise à toutes les parcelles, même le plus petites. L’intervention de l’Etat s’accroît dans la vie des campagnes. Le canal du Nivernais est ouvert à la circulation au début des années 1840. La scolarisation communale se développe et le réseau routier s’améliore après 1830. La société villageoise est alors dominée par les notables, tous gros propriétaires. Une rivalité s’installe entre les deux principales familles de notables : 

  • Celle qui possède Limanton, les de Bar et leurs successeurs aristocrates (Dupré de Saint-Maur, de Vitry, Boussaroque de Lafont, Lenepveu) puis les Ferrand qui achètent le château et ses terres en 1861.
  • Celle qui possède Boux : Les Lachaumelle et les de Roüalle.

L’entrée dans l’âge industriel a deux effets indirects et successifs :

  • La création éphémère d’un haut-fourneau au charbon de bois au pied du château de Limanton (1828-1843)
  • La croissance du « hameau-champignon » moderne de Panneçot, entre l’arrivée du canal et celle du train. En 1877 y est ouverte la gare dite de Moulins-Engilbert. Une population d’ouvriers, d’artisans et d’employés y forme un des premiers foyers ruraux du socialisme. Le centre actif de la commune bascule alors de Limanton à Panneçot.

 

De 1880 aux années 1960

La commune participe à l’effondrement de la civilisation rurale. Sa population est divisée par deux entre 1901 et 1962. Les deux guerres mondiales aggravent ce mouvement. La Première entraîne la mort de 12 % des électeurs de 1911, ce qui place Limanton dans les 10 % des communes les plus touchées de la Nièvre. 

Les exploitations se concentrent et la spécialisation herbagère se généralise à presque toutes les terres. La vision de la campagne de Limanton commence à s’idéaliser avec la circulation des cartes postales et les premières formes du tourisme. La ligne éphémère du « Tacot », un chemin de fer départemental à voie étroite, effleure le nord de la commune entre 1910 et 1938. Les premiers loisirs populaires, la pêche et le cyclisme, se développent, surtout à Panneçot qui est le théâtre à la Belle Epoque, autour de 1905, de la querelle entre l’Etat républicain et l’Eglise conservatrice :

  • Un maire radical, Gustave Sarrasin, fait ériger aux Sarrots une grande école de hameau moderne, véritable temple dédié à l’enseignement laïque.
  • Les catholiques répliquent en construisant une chapelle sur la route de Moulins. 

La création d’une scierie en 1918 relance pour quelques temps l’activité économique. Les fonctions d’accueil (hôtels-restaurants, commerces, poste) maintiennent à Panneçot une vie de relation. Le quotidien des habitants se modernise entre 1920 et 1960 : arrivée de l’électricité, de l’eau courante, croissance du trafic automobile. Malgré cela, l’exode rural est massif et la population ne cesse de diminuer. La gare de Panneçot est fermée aux voyageurs au milieu des années 1950.

 

Depuis les années 1970

Limanton entre dans la dernière partie de son histoire dans les années 1960 et 1970 :

  • Deux des trois écoles de la commune (L’école privée du Rosaire et celle du Bourg) ferment dans les années 1960. 
  • La scierie ferme à son tour au milieu des années 1970. Après l’arrêt du trafic des marchandises sur le canal et les débuts de la navigation de  plaisance, le camping de Panneçot est créé sur un terrain du port de Panneçot.

 

Les cinquante dernières années de l’histoire de Limanton sont marquées par un paradoxe : 

  • Sa population poursuit son effondrement. Diminue encore de moitié entre 1968 (506 habitants) et 2017 (247 habitants). Le nombre de ses exploitations d’élevage se réduit beaucoup. 
  • En même temps, alors que la taille des exploitations s’accroît et qu’elles se modernisent. L’entretien du bocage se maintient ici à un niveau satisfaisant (peu de destructions de haies). Les relations de la commune avec l’extérieur grandissent. La création du marché au cadran de Moulins-Engilbert ouvre aux éleveurs des marchés lointains. Par ailleurs, l’attractivité de Limanton grandit au sein de la civilisation des loisirs : beaucoup de maisons sont transformées en résidences secondaires, des étrangers de plus en plus nombreux viennent y séjourner. Du coup, la vie associative qui était restée active (pêche), et avait même été relancée dans les années 1970 (Comité des fêtes, nouveau club de football), trouve aujourd’hui de nouvelle formes : L’association, « Le Barrage » a créé depuis 2012 un pôle d’animation saisonnier à Panneçot : restauration associative, spectacles, expositions, animations du territoire (randonnées, visites, recueil de la mémoire du lieu).

 

L’histoire de Limanton n’est pas terminée ! 

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